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Les symboles et le folklore du scoutisme

dimanche 18 avril 2010

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Uniforme (ou tenue) [2]

Un des éléments du scoutisme traditionnel qui est le plus rejeté dans le monde moderne est la question de l’uniforme. Depuis 40 ans, l’uniforme a une image particulièrement négative. Il serait à la fois une référence à l’armée et à sa vision déshumanisante. L’approche est ici celle qui est représentée dans le film "The Wall" du groupe Pink Floyd : le rejet de la standardisation. L’uniforme serait une standardisation des enfants, un moyen de les rendre interchangeable et de nier leur personnalité. On peut noter cependant que l’uniforme avait d’autres utilités dont une utilité matérielle et sociale. Sur le plan social, c’est le fait qu’on cherche à gommer (comme à l’École publique) les différences de statut social. Sur le plan matériel, c’est aussi parce que cet uniforme-là est adapté à la pratique des activités. Mettre des chaussettes hautes et un bermuda évite d’avoir à raccommoder un pantalon déchiré parce qu’on s’est assis sur les genoux...

A ce stade, on peut faire une première remarque. La question de l’uniforme comme moyen de gommer les différences sociales ne fait plus recette puisque ces différences transparaissent autrement (montre, gourde...). Accuser les opposants à l’uniforme d’encourager les moyens de marquer son statut social est donc une manière de contourner le débat. A moins de tout standardiser, jusqu’aux sous-vêtements, matériel de camp et affaires personnelles (montre...), les niveaux de vie transparaitront, qu’on le veuille ou non. C’est plus une conception d’éducation à la différence qui ressort. Les partisans de l’uniforme seraient pour une négation des différences tandis que les opposants seraient pour une ouverture à la différence. On voit bien que la deuxième vision est plus contemporaine même si la question de la laïcité à l’École par l’absence de signes distinctifs montre que c’est plus compliqué...

L’autre argument évoqué est celui de l’adéquation avec les besoins de l’activité. L’uniforme ne résulterait que de choix liés à des nécessités. Il n’y aurait aucune influence d’époque et de choix externes (le fait que Baden Powell ait servi dans l’armée coloniale...). Les modes évoluent. Un uniforme actuel devrait être largement modernisé. Il pourrait abandonner toute référence coloniale sans que ça ne porte atteinte à sa fonction d’uniforme. D’ailleurs, le béret qui a été en vigueur chez les Scouts de France n’est pas issu des propositions du fondateur du mouvement. Par ailleurs, de nombreuses associations ont adapté l’uniforme à leur culture. La nôtre ayant changé, un uniforme n’aurait plus grand chose à voir avec ce qu’il était. Le jean serait un bon outil par exemple. Presque indémodable puisque porté depuis des générations, il est à l’origine particulièrement résistant donc bien adapté à un certain nombre de conditions. Pour tenir compte de l’avancée des propositions en matière de vêtements, on pourrait même opter pour un pantalon type jean dont on peut enlever la partie basse. Mais en réalité, derrière la question de l’uniforme, beaucoup mettent en avant une certaine vision des comportements sociaux. Par exemple, ils critiquent les tenues "débraillées" qui donneraient une mauvaise image du mouvement (sous-entendu, à l’inverse, un groupe d’enfants arborant tous la même tenue nickel donnerait plus envie de les rejoindre...). Le choix de l’uniforme se trouve d’ores et déjà confronté à des visions opposées de la meilleure manière de "présenter". Admettons qu’on ait trouvé un terrain d’entente. L’uniforme serait alors bien différent de celui de Baden-Powell ou des années 1960.

Par ailleurs, certains prétendent que porter la tenue dans le scoutisme serait comme porter l’équipement du sportif. Un footballeur porte l’équipement du club et il n’y en as pas un ou deux qui s’habille différemment sous prétexte qu’il trouve ça plus confortable. Ceux qui tiennent ce discours pensent avoir trouvé l’argument massue. Très fiers d’eux, ils en font profiter le plus de personnes possible ! Sans vouloir être trop méchant, ce raisonnement me parait particulièrement limité... Toute tenue correspond à des objectifs. Dans le cas du sport, il y a l’adéquation avec l’activité (nécessité de porter un équipement qui permettra de jouer dans les meilleures conditions possibles) ET la nécessité d’identifier coéquipiers et adversaires sur un terrain. Ainsi, dans les sports collectifs, les tenues sont réglementées. C’est vrai. Mais la taille du short ou bermuda des tennismen, même lorsqu’ils jouent en équipe (en double) n’est pas réglementée à outrance (à ma connaissance, en tout cas [3]). Dans le tennis, il n’est pas nécessaire d’être habillés tous pareil puisqu’il n’y a pas de problème de confusion possible. Les juges de ligne, en revanche, ne doivent pas être convaincus avec les joueurs. Ils ont probablement une tenue réglementée. Cet exemple nous permet de mettre en évidence qu’il ne faut pas confondre le fait de porter une tenue adaptée à la pratique d’une activité avec le fait de porter tous la même tenue. De ce point de vue, tous les membres d’un groupe pourraient avoir une tenue adaptée à la pratique du scoutisme sans qu’aucun ne porte un vêtement identique à l’autre...

Ainsi, si certaines tenues sont plus adaptées à la pratique d’un scoutisme qui fait découvrir la vie dans la Nature, qui pourra prétendre que l’uniformité est nécessaire ? De même, pourquoi porter une chemise ? Aujourd’hui, les jeunes portent plus généralement des tee-shirts. Lors des mauvais jours, avec l’amélioration des moyens financiers des familles, le port d’un pantalon résistant (type jean) parait plus adaptée, d’autant que le confort minimal est bien différent du passé...

Enfin, dans la société actuelle, la question de l’uniforme comme moyen de communication peut donc devenir contre-productive en donnant une image archaïque du mouvement. Si on peut toujours discuter de l’intérêt d’être reconnu rapidement par les gens qui nous voient passer, le fait de porter un uniforme identifie les scouts ET leur attribue une image d’archaïsme... du moins, chez la majorité de la population ! Il est sûr que si on ne s’adresse qu’à une tranche de la population qui est sensible à l’uniforme, la question est bien différente. Mais si on s’adresse à la population en générale, on donne une image d’archaïsme. On peut ajouter que ceux qui trouvent généralement leur public parmi les milieux progressistes sont encore plus touchés par l’image que peut donner l’uniforme. La tenue utilisée pour l’image du mouvement est donc à mettre en relation avec le public qu’on vise...

Pour conclure, la question de l’uniformité ne semble pas nécessaire en tant que tel. Elle ne permet pas de réellement gommer les différences sociales. A l’inverse, on peut travailler sur le fait de comprendre ces différences et s’attacher à résoudre ce qui relève des inégalités. Ce qui semble important, en revanche, c’est le fait de porter une tenue (au sens large) adaptée à la pratique de l’activité. Enfin, si on a besoin de communiquer, un tee-shirt aux couleurs de l’association OU un polo OU une chemise (en fonction des choix de l’individu) OU une vareuse OU je ne sais quoi d’autre donnera certainement une image plus moderne. On peut faire des recommandations comme privilégier la couleur de l’association (quel que soit le type de vêtement) ou du groupe ou encore, celle de la branche. Et si on veut marquer et faire ressortir son appartenance au scoutisme, il reste le foulard !

Foulard

Aux EEDF, le foulard est le seul élément d’uniforme scout qui reste dans (presque ?) tous les groupes. A ce titre, il cristallise les craintes des personnes étrangères au mouvement, jusqu’à des membres du mouvement !

En France, rares sont ceux qui savent qu’il existe des mouvements qui font du scoutisme autre que catholique. Encore plus rares sont ceux à savoir qu’il existe une association laïque militante ! Dès lors, s’afficher avec un foulard, c’est prendre le risque d’être confondu avec les SGDF et de leur faire de la pub. Certains ne souhaitant pas être assimilés aux mouvements religieux, particulièrement lorsqu’ils côtoient des mouvements anti-cléricaux ne voient donc pas l’intérêt de porter un foulard et même perçoivent l’intérêt de ne le pas le porter. Ils préfèrent dans ce cas, montrer par le biais de leurs pratiques que le scoutisme peut être moderne et parfaitement laïque. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, l’association encourage à porter le foulard et notamment dans le but de montrer qu’il existe aussi un scoutisme laïque.

Une des questions que posent ceux qui ont des préjugés sur le scoutisme est "pourquoi porter un foulard" ? "A quoi ça sert" ? Tout comme le reste de l’uniforme, le foulard pouvait avoir plusieurs utilités : protéger les cheveux, les voies respiratoires ou la gorge, par exemple. Le fait d’en disposer a permis la mise en place de jeux simples. En réalité, la question se pose pour moi différemment. On voit bien qu’une des premières choses que font les associations (sportives, culturelles, humanitaires...) à leur création, c’est s’inventer une identité visuelle. Faire connaitre son projet en le rendant "repérable", afficher son adhésion à un mouvement est quelque chose qui est largement répandu. Ce n’est pas pour autant qu’on méprise les autres mouvements ! Or on a parfois tendance à penser ceci comme un moyen de se différencier. Pourtant, c’est aussi un moyen de se rapprocher. En réalité, c’est une question de fond qui ressort : est-ce que l’outil impose le rejet des autres ? Je ne le pense pas. A mon avis, c’est plutôt une question de comportement personnel. A chacun de mesurer les situations et les conséquences possibles du port du foulard pour s’adapter... Mais ce n’est pas le fait de porter un foulard qui signifiera qu’on sera plus ou moins ouvert !

Badges, classes et brevets

C’est la question de la progression personnelle et au sein du groupe qui est ici évaluée. La plupart des mouvements de scoutisme ont conservé des outils permettant de formaliser très clairement un certain nombre d’éléments de progression de deux natures : liés à la progression personnelle et à la place dans l’association ou à l’acquisition de compétences dans un domaine.


Pour plus de détails sur la question, voir Progression personnelle et pédagogie par tranche d’âges.

La logique de la progression personnelle dans le scoutisme est de donner les moyens à l’enfant/jeune de visualiser sa progression au sein de l’association et dans ses compétences. Plusieurs outils existent mais traditionnellement, l’évaluation se faisait à travers un système de symboles et badges selon deux approches :
- la progression au sein de la branche
- la progression à titre personnel

Progression au sein de la branche
Le système est partagé par d’autres disciplines. Prenons l’exemple des stages de ski. On passe ses étoiles, chamoix, etc. Au judo, on a des ceintures de couleurs. La progression au sein de la branche fonctionne selon la même logique.

En premier, il y a l’engagement (la "promesse"). Cette étape, comme toutes les autres, est généralement ritualisée et se traduit par la remise d’un symbole qu’on affiche sur son uniforme/tenue (ex. un badge de loup pour les louveteaux).

Ensuite, selon les tranches d’âge, il y a une ou plusieurs étapes (généralement appelées "aspirant" et "deuxième classe"/"première classe"). On voit ici l’héritage militaire au niveau des terminologies même s’il est important de souligner encore une fois que la logique est bien pédagogique et non militariste.

Pour pouvoir passer à l’étape supérieur, il faut remplir un certain nombre de critères dans des domaines de savoir, savoir-faire et savoir-être. Il y a donc un mélange d’observations (pour la question des savoir-être qui sont mesurés par les encadrants avec ou sans les enfants/jeunes) et d’épreuves qu’on peut souvent "potasser" grâce à des livres spécialement conçus pour ça.

On peut voir un exemple des insignes de ces progressions au sein de la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs [4] sur le lien suivant. Voir également la page sur les insignes de progression du scoutisme en France

Acquisition de compétences
La deuxième partie est celle de l’acquisition de compétences supplémentaires. Ce système est aussi classique. C’est un peu comme un animateur Jeunesse et Sports qui passe son brevet de secouriste (anciennement AFPS) ou son brevet de "surveillant de baignade".

Les compétences qu’on peut breveter dans le scoutisme peuvent être en lien avec le rôle qu’on occupe dans l’équipe (trésorier, intendant, secouriste...) ou être plus larges, plus personnelles. Dans ce cas, il s’agit d’ajouter une dimension scoute à des compétences générales, tant pour les augmenter que pour les rendre plus "intéressantes". On y reviendra.

Le scoutisme utilise des symboles, dans le même esprit que les étoiles au ski ou les ceintures au judo ou au karaté. Les compétences acquises par ce biais peuvent être encouragées et servir ensuite de repère. Prenons l’exemple du "brevet de louveteau grenouille" de la FEE. L’organisation d’une activité nautique peut reposer sur le fait de disposer du brevet de "louveteau grenouille", de la même manière que la pratique d’activités nautiques en groupe de mineurs repose sur une attestation d’un maitre nageur sauveteur sur la capacité de chacun à nager de façon satisfaisante sur x mètres.

Critiques chez les EEDF à partir des années 1970
De fortes critiques ont amené à l’abandon pur et simple de ces outils au sein de nombreux groupes EEDF :
- l’affichage de ses compétences (leur "matérialisation extérieure") entrainerait une dévalorisation de ceux n’en disposant pas encore et ne serait pas un signe d’ouverture, ni d’humilité
- les critères de mesure des compétences seraient archaïques
- l’idée-même d’une progression mesurée et mesurable serait "enfermer dans des cases" ce qui se fait naturellement et spontanément

On préférerait donc une acquisition de compétences "naturelle" par le biais de l’exercice des responsabilités au sein de l’équipage ou par la mise en place de projets (les "entreprises" et "initiatives"). L’enfant/jeune visualiserait lui-même sa progression en remplissant son carnet d’aventures ("Traces d’étoiles" chez les louveteaux et "Hors Pistes" chez les éclés). Cependant, de nombreux groupes continueront, même en l’absence de propositions nationales, d’appliquer ces méthodes. Certains les conserveront en l’état, d’autres les feront évoluer mais en 2010, l’association n’a toujours pas repris ce système sous la forme des brevets. On peut pourtant faire remarquer que Ferdinand Oury qui ’avait rien d’un pédagogue archaïque a repris un système similaire à travers ses ceintures de comportement et de compétences. La question n’est donc pas absurde. Mais faisons un détour par ce que nous évoquions précédemment : un brevet moderne qui cherche à développer une forme de labellisation de savoirs/savoir-faire/savoir-être éloignés de l’objectif premier des activités scoutes.

Un exemple de brevet moderne
Chez les Boy Scouts of America (BSA), on vient de lancer un brevet de "jeux vidéo". Extrait de l’article :
"Pour obtenir le badge, un scout doit ensuite compléter cinq des tâches suivantes :
— Avec ses parents, planifier d’acheter un jeu vidéo approprié à son âge.
— Comparer deux systèmes de jeu (par exemple Xbox 360, Playstation 3, Wii, etc.). Expliquer certaines de leurs différences et lister les bonnes raisons pour acheter et utiliser un système de jeu.
— Jouer à un jeu vidéo avec sa famille dans un tournoi familial.
— Apprendre à un adulte ou à un ami comment jouer à un jeu vidéo.
— Lister au moins cinq astuces de son jeu préféré pouvant aider quelqu’un à apprendre à y jouer.
— Jouer à un jeu vidéo approprié à son âge avec un ami pendant une heure.
— Jouer à un jeu vidéo qui l’aidera à réviser les mathématiques, l’orthographe ou une autre matière scolaire.
— Choisir un jeu vidéo à acheter. Comparer les prix pour ce jeu dans trois magasins différents. Décider quelle enseigne propose la meilleure offre en prenant bien soin de considérer la politique d’échange du magasin et la garantie constructeur.
— Installer un système de jeu sous la surveillance d’un adulte."

On voit bien qu’ici l’objectif est de former des individus avec une personnalité propre. Au-delà des compétences individuelles et sociales qui constituent un socle indispensables (qui sont regroupées dans les étapes de progression communes), des brevets autres permettent à chacun de formaliser un engagement et une attitude dans la vie de tous les jours dans des domaines qui sont apparemment bien éloignés des méthodes et outils du scoutisme. Pourtant cet exemple fait sourire. Les critères de mesures ne sont-ils pas "tirés par les cheveux" ? Comment évalue-t-on la réalité de la mise en œuvre des différents éléments ? A quoi servira le brevet lui-même au-delà de l’idée qu’on s’en fait ? de la même manière qu’on croit parfois que mettre ensemble des petits et des grands suffit à faire prendre conscience aux uns et aux autres de la nécessité d’être solidaire et d’aider les plus faibles, cette vision des brevets est-elle remise en question objectivement ?

Les références à la progression personnelle chez les EEDF aujourd’hui
Les références qu’on peut trouver dans la pédagogie officielle EEDF se situent, comme nous l’évoquions, dans les carnets d’aventures ("Traces d’Étoiles" ou Hors Pistes"). Mais la question de la matérialisation de la progression reste "taboue". Pourtant, le système a du bon, à mon sens, s’il est intelligemment utilisé (à la façon d’Oury). La question est : comment éviter de créer une hiérarchie entre les individus ? De même, comment ne pas paraitre sectaires ? Et enfin, comment rester à des compétences mesurables, utiles et réexploitables ? Les EEDF feront peut-être évoluer leurs positions sur la progression personnelle quand on aura trouvé une réponse satisfaisante à ces questions ! Mais une autre question se posera : dans quel but ?

Le scoutisme considère comme acquis que les compétences doivent être intellectuelles et techniques pour former des individus complets. En fonction de ses goûts et de ses capacités, on se spécialisera plutôt dans tel ou tel domaine. La question qui se pose sera alors de savoir comment amener les enfants à s’intéresser à l’acquisition de ces compétences (à supposer qu’on se soit mis d’accord au préalable sur les éléments nécessaires pour chaque compétence). S’agira-t-il de moments d’activité par postes ? Des moments collectifs ? Comment donner envie aux enfants de rentrer dans ce cadre ?

Prenons un camp qui pratique le réveil individualisé, c’est-à-dire qui fonctionne sur le principe suivant : chaque enfant se couche à une heure maxi mais peut se lever le matin quand il en a envie sans réveiller les autres. Il va déjeuner tout seul et à son rythme, faire sa vaisselle, etc. Des activités sont proposées (par ex., dès 9h) et peuvent donc être intégrées en cours de route. En fin de compte, la véritable journée commence à la préparation du repas de midi. Ce genre de fonctionnement a ses adeptes et ses détracteurs. Sans rentrer dans ce débat, on peut remarquer qu’il peut parfaitement se conjuguer avec un système de labellisation des compétences. En effet, les activités de matinée peuvent constituer des temps d’acquisition de compétences qui pourront servir à obtenir tel ou tel "brevet".

De même, l’activité "spontanée" (qui requiert du talent et/ou de l’expérience) peut constituer la base de l’acquisition d’une compétence. Finalement, de mon point de vue, c’est peut-être plutôt la question de la composition des brevets qui pose problème plutôt que les brevets eux-mêmes. La question de la formalisation repose sur d’autres bases qui font parfois peur. La position officielle des EEDF pour les louveteaux se trouve dans la référence pour la pédagogie de branche [5] : "Il n’y a pas de matérialisation extérieure". On notera qu’une telle formulation ferme à la porte à des brevets affichés mais pas à complètement aux brevets eux-mêmes...

Revenons aux ceintures de comportement. Le système repose sur la détermination des droits et devoirs de chacun sur le principe de "j’acquiers des droits lorsque j’ai montré que j’étais capable de les assumer" à partir d’une grille qui est publique, dont les éléments sont quantifiables et qui pour les éléments plus qualitatifs peut être discutée en conseil. Le type de ceinture de chacun n’est pas caché, même s’il ne sa(git pas nécessairement de réellement porter une ceinture de couleur sur soi ! La spécificité de ce système est qu’on peut être rétrogradé de ceinture (et donc perdre des droits) si on ne respecte pas le nécessaire. Le système ne possède donc pas de formalisation à proprement parler mais il y a des étapes, des éléments quantifiables.

Il me parait alors intéressant de mener une réflexion sur les compétences communes à acquérir (cf. "Hors Pistes" ou "Traces d’Étoiles") et de voir comment les mettre en œuvre en les labellisant comme les ceintures de comportement. Qu’il y ait badge ou pas est un autre débat... Que faisait Oury pour ses ceintures de compétences ? A voir !

Totem / totémisation

Certainement héritée de l’influence "indianiste", la totémisation consistait à attribuer à une personne considérée comme digne de faire partie des initiés un "totem", c’est-à-dire un nom constitué généralement d’un animal et d’un adjectif. L’idée était de symboliser la personnalité de manière ni trop positive, ni trop négative. Par exemple, lorsque j’ai repris cette idée dans mon groupe d’amis (dont aucun n’est éclaireur ou scout !), nous avons choisi : "ours bavard", "cerf obstiné", "hyène bûcheuse"...

Dans le scoutisme, cette totémisation était empreinte d’un formalisme poussé à l’extrême : seuls les "sachems" pouvaient totémiser quelqu’un et cela se faisait généralement après une cérémonie très formalisée virant petit-à-petit vers le bizutage avec les mêmes dérives inacceptables que pour ces traditions humiliantes et rétrogrades. C’est donc la totémisation qui a été complètement interdite aux EEDF. En réalité, l’attribution d’un surnom ne présentait pas en tant que tel un caractère problématique. C’était la cérémonie qui était à proscrire. Peut-être a-t-on souhaité rejeter une pratique considérée comme archaïque et sectaire ? Peut-être a-t-on pensé que si on n’interdisait que la cérémonie, les choses allaient moins changer que si on interdisait l’ensemble ? Qui sait ? En tout cas, il ne s’agit que d’un symbole. Il est évident qu’on peut faire du scoutisme et se sentir appartenir à ce mouvement sans totémisation...

Plus de détails sur Scoutopedia.

Activités et pratiques

Pour des puristes, le scoutisme se traduirait jusque dans certaines activités qui seraient labellisées scoutes alors que d’autres activités/pratiques seraient anti-scoutes. Parmi les activités/pratiques scoutes, il y aurait : la cuisine au feu de bois, les feux de camp, les activités d’orientation et de communication, etc. On ne reviendra pas sur la question de la pédagogie du projet traitée par ailleurs. On s’intéressera ici aux pratiques elles-même.

On peut voir sur Scoutopedia une page sur l’artisanat scout. On peut y trouver nombre d’activités intéressantes dans l’absolu mais on peut se poser une question simple : et si un enfant n’a pas envie de participer à une activité de ce type, dois-je le forcer ? En effet, autant il peut paraitre concevable d’imposer à un enfant d’organiser son coin cuisine (pour pouvoir manger !), autant imposer une activité dont la finalité est subjective (a-t-on vraiment besoin de connaitre le morse ou de savoir tresser de l’osier ?) a peu de chances d’entrainer une relation pédagogique intéressante. Cette page sur l’artisanat ou une autre sur les activités d’orientation me semblent intéressantes parce qu’elles symbolisent pour moi un des éléments qui est sujet à caution. Faire le choix de la vie dans la Nature pour permettre un certain nombre d’expérimentation (cf. article sur la vie dans la Nature et l’éducation par la vie quotidienne) amène la nécessité de maitriser certaines techniques. Mais ces techniques restent au service d’un objectif. Dès lors, l’intérêt est facilement perceptible pour l’enfant/le jeune. Il y a donc des questions à se poser entre le choix des activités et le rapport aux enfants qui ne veulent pas y participer. Dans ce sens, il me parait primordial de développer d’abord des outils simples au service d’un objectif. Ou plutôt de faire partager l’objectif avant de fournir les outils simples permettant sa mise en œuvre. Si la demande est présente, ce qui est un service/une tâche peut devenir une activité.

Par ailleurs, viser à l’autonomie et à la responsabilité passe par l’objectif d’une espèce d’autosuffisance technique temporaire permettant de réaliser un certain nombre de choses dont on a difficilement conscience par ailleurs (les tâches ménagères, par ex.). Mais en n’allant pas jusqu’à cet objectif, n’est-on pourtant pas scout ? A l’inverse, faire des activités labellisées "scoutes" nous rend-il scout ? Évidemment, non ! Le folklore scout s’est diffusé largement dans les centres de vacances et le projet pédagogique doit être adapté au public. Les sept éléments de la méthode scoute doivent selon moi être présents pour qu’on puisse parler de scoutisme mais c’est dans la gestion des curseurs qu’on s’adaptera à un public [6]. Avec des enfants ou jeunes présents depuis de nombreuses années dans l’association et une équipe aguerrie, il est parfaitement imaginable de tendre vers l’autonomie du camp (l’autarcie n’étant pas valable sur le plan social, bien au contraire...) et les pratiques les plus économes/écocitoyennes/pratiques (cuisine au feu de bois plutôt qu’avec des réchauds).

En réalité, c’est donc dans l’intention pédagogique qu’on voit si on a affaire à du scoutisme. Cela nécessite de comprendre la méthode...

Conclusion sur les symboles et le folklore du scoutisme

La méthode scoute est une méthode complexe sur le plan pédagogique. Bien la comprendre (dissocier le fond de la forme) nécessite une grande expérience et la plupart des associations ont choisi d’abord de former des "techniciens de la méthode". Leur objectif est alors de distribuer les outils et apprendre aux responsables à s’en servir afin qu’ils soient capables dès leurs débuts de faire des activités considérées comme intéressantes. La piste est largement balisée. Les EEDF ont à un moment donné choisi de faire un peu l’inverse : laisser le maximum de place aux responsables pour construire eux-mêmes, à partir de leurs pratiques et rencontres, leurs projets et outils. Cependant, si on ne côtoie pas des personnes expérimentées tant sur le plan pédagogique que technique et si on doit mettre au moins deux ans à découvrir ce qu’est le scoutisme (faute d’outils et d’explications claires)... et qu’on ne reste que deux ans... il semble bien difficile de faire vivre la méthode !! Heureusement les outils ont évolué.

Aujourd’hui, le scoutisme présente de nombreux intérêts mais dans un contexte où la défiance est importante, l’usage des symboles a des impacts à ne pas négliger. Plutôt que de se dire que tel ou tel élément a tel ou tel intérêt, on peut aussi observer les conséquences qu’il peut avoir en termes d’image. Dès lors, on peut choisir de s’attacher plus au fond qu’à la forme. Dans tous les cas, être fidèle à la volonté des personnes qui ont fondé le scoutisme, c’est le faire évoluer ! La méthode n’a pas été gravée dans le marbre à un moment donné. Elle a été pensée et conçue à une époque, dans un cadre donné et a évolué. Si le Baden-Powelle de 1907 avait vécu de nos jours, est-ce qu’il aurait imaginé un scoutisme "unitaire" ? Pas sûr... Vraiment pas sûr !!

Liens

- Débat pour la visibilité des Eclés qui passerait par la tenue... ou pas ! Deux visions différentes de la part d’anciens
- Les cérémonies tombées en désuétude depuis longtemps chez les EEDF : http://fr.scoutwiki.org/Gestes_et_usages

Notes

[1On parlera ici "d'uniforme". Que ceux qui préfèrent le terme de "tenue" nous excusent par avance !

[2On parlera ici "d’uniforme". Que ceux qui préfèrent le terme de "tenue" nous excusent par avance !

[3... sauf peut-être à Wimbledon mais c’est une autre question !

[4née d’une scission des EEDF en 1989.

[5Les Dossiers de l’animation n°35 : L’Aventure Louveteaux, page 11

[6Notons que cette question des curseurs donne toute sa pertinence à des propositions pédagogiques envers les publics handicapés physiques ou mentaux, publics en difficultés sociales... Tant qu’il s’agit d’adapter la méthode scoute à un public spécifique, il est tout à fait pertinent qu’une association porte le titre de scoute ! CE qui ne serait pas le cas, si la pédagogie mise en œuvre pour l’accueil de ces publics n’était pas une adaptation de son scoutisme.

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