Nature et scoutisme
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Projet éducatif (le scoutisme chez les Eclés)

jeudi 8 avril 2010

Pour un historique du scoutisme, voir l’article de présentation des EEDF.

Enseignements de l’historique des EEDF

- Baden Powell venait de l’armée mais n’était pas militariste (« À la fin de ma carrière militaire, je me mis à l’œuvre pour transformer ce qui était un art d’apprendre aux hommes à faire la guerre, en un art d’apprendre aux jeunes à faire la paix ; le scoutisme n’a rien de commun avec les principes militaires. »).

- une partie de ses outils venaient (logiquement) de l’armée mais n’étaient pas utilisés dans une perspective militariste. A l’époque, ils constituaient un véritable attrait pour les jeunes et les familles, même en dehors d’un engagement militaire ! La notion de "prestige" avait un sens qu’on peut-être du mal à imaginer aujourd’hui.

- Certaines de ses méthodes pouvaient faire penser à l’armée mais elles visaient l’éducation des jeunes (et plus tard, des enfants). Souvent le scoutisme a essayé plus tard de gommer ce qui semblait trop militaire pour lever toute ambiguïté.

- l’association des Éclaireurs de France a « hésité » entre des origines militaires (Nicolas Benoit) et issues de l’enseignement laïque militant (courant qui a finalement pris le dessus, dès les années 1920)

- selon les principes de Baden Powell, le scoutisme devait évoluer comme il l’a fait lui-même pendant toute sa vie. Il disait (à juste titre, à mon sens) que l’important n’était pas le nombre de brevets dont disposait l’enfant ou le jeune sur sa chemise mais le nombre de compétences qu’il avait réellement acquises...

- certaines évolutions après Mai 68 s’inscrivaient dans un contexte politique et sociétal particulier. Il fallait alors savoir prendre du recul et oser faire le tri entre la remise en cause nécessaire et la remise en cause « pour faire à l’opposé ». De manière plus générale, les apports étaient extrêmement intéressants mais la méthode du scoutisme n’était pas à jeter, plutôt à adapter, moderniser fortement. Dans la pratique, c’est souvent ce qui était fait alors qu’il existait une frilosité (tout à fait décalée, disproportionnée au terrain) pour le reconnaître.

- les EEDF avaient cherché à réinventer la pédagogie pour ne pas faire « toujours pareil », ce qui offrait de nouvelles possibilités et laissait plus de place à la créativité... mais on en était encore aux balbutiements de l’alternative : je choisis soit de faire mes outils, soit d’utiliser (dans un premier temps) les outils existants. Chacun devait faire ses propres outils. Il fallait alors comprendre à quoi servaient les outils (indispensable dans tous les cas) puis réfléchir à en concevoir puis les réaliser puis les mettre en œuvre... A l’échelle de la « durée de vie » d’un responsable aux EEDF, c’était peine perdue...

Les valeurs : « L’engagement des Éclaireuses et Éclaireurs de France »

Ce document adopté à l’unanimité lors de l’Assemblée Générale de Montluçon de 1998 présente les valeurs qui sont celles du mouvement mais également celles de l’éducation populaire. Contrairement aux autres associations dont les valeurs sont plutôt héritées d’une vision de la religion (catholique, protestante, israélite ou musulmane), les valeurs des EEDF sont héritées d’un courant philosophique : la laïcité (cf. présentation des EEDF.

L’association des Éclaireuses et Éclaireurs de France vise à former des citoyens autonomes, responsables, ouverts et solidaires, écocitoyens selon les principes et pratiques du Scoutisme. L’association est Laïque. Elle accueille garçon et fille et pratique la coéducation, fonctionne selon les principes de la démocratie et la fait vivre effectivement en son sein. Les valeurs sont présentées ainsi :

Laïcité
Affirmer le respect fondamental de l’homme dans sa diversité, lutter contre toute forme de discrimination et d’intolérance.

Démocratie
Faire le choix de relations égalitaires, permettre à chacun avec ses droits et ses devoirs de participer à l’élaboration de projets communs et de prendre des responsabilités ; vivre la citoyenneté.

Coéducation
S’éduquer réciproquement les uns par les autres, éduquer en commun des filles et des garçons.

De l’Ouverture à la Solidarité
Être ouvert au monde et à l’autre, développer un état d’esprit, d’échange, de partage, d’écoute, de construction commune, celle d’un vrai partenariat.

Écocitoyenneté
Apprendre à connaître et comprendre le monde, agir pour protéger et faire respecter équilibre et harmonie.

La démarche scoute

La démarche scoute est à la fois simple et compliquée. Simple parce qu’elle se caractérise assez facilement et compliquée parce que souvent on se demande par quelles activités elle peut ou doit être mise en place. Il est important de signaler que cette démarche est un tout.

Le scoutisme, méthode d’éducation globale
Le type d’activités est lié aux méthodes et à l’objectif final poursuivi et mettre en place ce même objectif par d’autres méthodes n’est pas faire du scoutisme. De même, il n’existe pas réellement d’activités scoutes. Une activité est scoute que si elle naît de la démarche scoute. Par conséquent, certaines activités a priori ne peuvent pas être scoutes… (sorties dans les parcs d’attractions, « repas » au Mac Do…).

But du Scoutisme Français
Aider chaque enfant, chaque jeune, garçons et filles, à devenir un citoyen autonome, solidaire, responsable, actif et engagé, en France, en Europe et dans le monde.

Principes du scoutisme mondial
Le scoutisme est composé de 3 principes du développement de l’enfant et du jeune : le développement physique, le développement personnel (pratique et social) et le développement spirituel (moral).

Déclinaison des méthodes chez les EEDF

Pour y arriver, on amène les enfants à sortir de leur cadre de vie habituelle par la découverte de nouveaux terrains de vie et de jeux et par la participation à une équipe qui est elle-même partie d’un groupe. Ce terrain est un terrain naturel pour mettre en place la vie dans la nature qui va permettre aux enfants de s’approprier leur environnement, soit dans l’activité uniquement s’il s’agit d’une sortie, soit dans le choix des installations qui vont permettre hygiène, sécurité et confort pour un week-end ou un camp. Ils vont pouvoir faire l’expérience de l’interdépendance de tous les éléments naturels et la nécessité de les préserver. Cela va leur permettre de développer des attitudes responsables, respectueuses des équilibres naturels (les installations de camp, le bivouac, les projets environnement…).

Le choix de l’équipe de vie est celui de la prise de responsabilités pour chacun. Dans une équipe, chacun doit (et donc peut) participer. Les responsabilités sont réparties pour permettre d’appréhender un certain nombre de techniques, pour garantir un fonctionnement efficace et pour faire prendre conscience au jeune qu’il est une pierre dans l’édifice et que s’il reçoit un peu de l’équipe, il doit également donner. Chacun partage au sein de son équipe les instants de la vie quotidienne (« l’Equipe de Vie », « l’Equipage », « le Clan »). Chacun peut vivre les moments d’activités dans un groupe où il trouve sa place (« l’équipe de jeu », « l‘équipe de projet »…). Chacun progresse ainsi.

Le scoutisme met en place l’éducation par l’action. C’est à dire que la plupart des valeurs à transmettre ou des capacités à acquérir vont se faire par le jeu ou les autres méthodes actives : apprendre en jouant, en s’amusant, apprendre en vivant des expériences concrètes, sources d’éducation par elles-mêmes (le jeu, la randonnée, les projets…). Pas de leçons de morale, ni de leçons « tout court » !

S’engager volontairement pour soi-même et pour les autres sur des valeurs (les « Chemins de l’Aventure Louveteau », la « Règle d’Or », la « Charte du Clan »). Participer à la mise en place et adhérer volontairement à une règle de fonctionnement collectif (la « Règle de Vie »). C’est le principe de la Loi et de la Promesse appelé chez nous "engagement".

Libérer l’imaginaire dans un cadre de fiction. S’approprier la réalité à travers la fiction. Vivre pleinement les rêves et les mythes de son âge (la trame, les fictions : « Mission Jéïto », « le Livre de la Jungle »…). Répondre au besoin d’identification des enfants et des jeunes par la matérialisation de leur appartenance à une équipe, une unité, un groupe, un mouvement, etc. (le tee-shirt, le foulard, le « Livre de Bord »…) et par l’appropriation des lieux de vie (les noms, les repères…). L’action vient en premier lieu mais il est nécessaire de la valoriser. Tout ceci concourt à mettre en place un cadre symbolique qui doit répondre au besoin d’identification de l’enfant et du jeune.
Voir aussi Les symboles et le folklore du scoutisme

Se prendre en charge, se fixer des objectifs de croissance dans les divers domaines de développement et mesurer le chemin parcouru (« Traces d’Etoiles », le « Carnet d’Aventures »). Développer une curiosité, un désir d’apprendre et de découvrir. …). Tout ceci permet d’assurer la progression personnelle.
Voir aussi les brevets, badges et classes

Enfin, le jeune ou l’enfant a la chance de faire l’expérience d’une relation positive et gratifiante avec les adultes (le responsable référent d’équipe. L’attitude des adultes et la relation adulte/jeune sont différentes de celles du prof, des parents ou des grands frères et grandes sœurs.

Domaines d’activités

Nature et environnement
C’est un domaine d’activités assez vaste et très en vogue puisqu’il s’agit des activités qui tournent autour de la connaissance des animaux, végétaux, minéraux et la protection de l’environnement en génréal. Aujourd’hui ce domaine inclut également les activités de connaissance, découverte et protection de l’environnement urbain ou autre dans le sens de la protection de son cadre de vie.

Expression et création
Domaine d’activités phare des années 60 et 70, il regroupe les activités d’éveil, artistiques : la musique, la danse, le dessin, le théâtre, l’écriture…

Sciences et techniques
Construire des objets en élaborant des plans, faire des expériences : froissartage [1], cuisine, barrages, installation électrique, expériences scientifiques, mécanique…

Ouverture et solidarité
Solidarité de proximité, échange avec des correspondants en difficultés d’autres pays, actions de prévention, etc.

International
Voyage dans des pays étrangers pour rencontrer des personnes, organiser des échanges.

Santé
Assurer son hygiène, connaître son corps, surveiller sa santé, l’entretenir, éducation sexuelle...

Citoyenneté
Activités où l’enfant a la parole, connaissance du monde, de la société où il vit.

Réflexions personnelles sur les éléments de méthode

Plusieurs éléments de la méthode ont été sérieusement remis en question aux EEDF (pas partout) : la place de l’équipe et du groupe, l’organisation en tranches d’âge, le cadre symbolique...

Équipe ou groupe ? Tranches d’âges ou pas ?
Pour des raisons idéologiques, certains trouvaient que la question des tranches d’âge était négative parce que mélanger les tranches d’âge pour privilégier un fonctionnement par activité permettrait que les plus grands aident les plus petits. Bel objectif sur le papier mais la pratique est moins enthousiasmante. Selon les âges, les rythmes sont différents, les besoins physiologiques également... "Tant pis !" disent les partisans du "tous âges confondus", "c’est justement comme ça qu’on prendra conscience de l’autre !"

Les mêmes argumenteront qu’il est mieux qu’une équipe fasse la vaisselle de l’ensemble du groupe parce que "ça développe la solidarité". J’ai plutôt observé des enfants qui n’aimaient pas faire la vaisselle. De rares fois, j’en ai vu qui redemandaient à la faire mais c’était dans une maison familiale équipée d’un jet et d’un lave-vaisselle... Que faire d’un enfant qui ne veut pas faire la vaisselle ? Le convaincre qu’il doit faire sa vaisselle n’est pas trop compliqué. S’il ne la fait pas, il ne supporterait probablement pas de manger dans une popote où une assiette où des restes ont séché ! Le convaincre de faire la vaisselle collective (plats de services...) est plus dur mais on peut y arriver en mettant en avant le fait que si personne ne le fait, on n’aura plus de plats propres et que donc le faire à tour de rôle est une solution juste. Mais faire la vaisselle des autres ? Pourquoi les autres ne la font pas ? Rien n’oblige dans l’absolu à adopter ce fonctionnement ! Dans certaines conditions, ça peut paraitre plus facile (maison familiale) et on voit là le poids du choix de la maison familiale qui "impose" une organisation des services alors que la vie dans la Nature permet justement de s’organiser en fonction de ses choix d’organisation et non l’inverse ! Faire la vaisselle des autres n’est pas plus rapide que faire la vaisselle par équipe, les équipes faisant à tour de rôle la vaisselle collective. Au contraire, la vaisselle est plus rapide et est un poids moins important parce qu’elle est moins longue et parce qu’on comprend qu’on ne peut pas faire autrement. Imposer une vaisselle collective, c’est "imposer la solidarité". Or, par définition, la solidarité peut-elle s’imposer ?! Le jour où les enfants/jeunes feront d’eux-mêmes le choix d’une organisation où une équipe fera la vaisselle de tous pour pouvoir se reposer à tour de rôle, on pourra se féliciter éventuellement d’avoir développé un sens du collectif. Mais si ça ne vient pas d’eux, quel est l’intérêt pédagogique ? Pour que ça marche, il faut plus qu’une adhésion, il faut une réelle volonté !

Cet exemple de la vaisselle nous a permis de montrer que prendre conscience de l’autre au point d’avoir envie de l’aider n’est pas quelque chose qui va de soi. L’imposer purement et simplement peut être contre-productif en soulignant le sentiment de se "trainer un ou des boulets". Ce n’est pas comme ça qu’on développe la coéducation et la solidarité, à mon sens. La tranche d’âges est donc importante, tout comme l’équilibre entre équipe et groupe. La vision idéologique du groupe développant la solidarité s’oppose à celle du groupe qui noie l’individu. Pour dire simple, le scoutisme n’est pas collectiviste. Rien n’empêche les encadrants d’avoir une vision collectiviste des rapports sociaux puisque ce qui est discuté ici, ce n’est pas l’idéologie mais la pédagogie. Le partage n’est pas une donnée innée, tout comme la solidarité. De la même manière, se sentir exister dans un groupe n’est pas évident pour tous les adultes alors que dire des enfants dont la personnalité se construit ?! Et puis, un élément qu’on ne doit jamais oublier en pédagogie : l’éducation se construit au sein d’une société à un moment donné, pas en vase clos [2]...

De mon point de vue, il est temps de se rappeler que l’objectif ne fait pas la méthode, de la même manière que la méthode n’est pas elle-même un objectif. Selon les âges, la place du groupe sera plus ou moins importante mais l’équipe aura toujours son rôle, ne serait-ce que pour garantir une place à l’individu et un moyen de développer une relation adulte/jeune positive.

Cadre symbolique
Un autre élément largement décrié aux EEDF est la place accordée généralement dans le scoutisme au cadre symbolique. En réalité, la plupart des associations scoutes accordent au cadre symbolique un rôle qui n’est pas celui choisi par les EEDF (cf. ci-dessus). Pour la plupart des associations scoutes, cadre symbolique = cérémonies, symboles, matérialisation des étapes de progression et d’acquisition de compétences... La plupart de ces éléments ont été rejetés en bloc aux EEDF parce que la cérémonie repose généralement sur la tradition et que la tradition peut devenir rapidement sectaire. De même, la tradition peut perdre facilement son sens et on s’attache plus à la forme qu’au fond. La matérialisation extérieure des étapes de progression peut se transformer en une hiérarchisation des individus. Tout ça a été remplacé par une idéologie anti-symbolique. Tout symbole serait inutile et dangereux. On peut effectivement se demander parfois si les citoyens sont capable de différencier le symbole du fond [3]... mais le symbole peut très bien être au service du fond. Pourquoi devrait-il exister ? Parce qu’il est important pour les enfants/jeunes eux-mêmes ! Le rôle du responsable est alors d’encadrer le symbole pour en faire un outil pédagogique et non une fin en soi. Développer un sentiment d’appartenance est une bonne chose. Si ce sentiment d’appartenance devient suffisamment fort pour se transformer en sectarisme, on va à l’encontre du principe d’ouverture. C’est donc la maitrise des symboles qui est nécessaire. Voir Les symboles et le folklore du scoutisme.

Liens

- Présentation officielle des EEDF http://aaee-anciennes-eclaireuses.f....

Notes

[1Il me semble important de bien faire la différence entre le froissartage en tant que domaine d’activité et le froissartage en tant qu’outil pour mettre en place les installations de la vie quotidienne. En tant que domaine d’activité, l’intérêt est l’acquisition de techniques et donc on peut se concentrer sur la "perfection" de l’ouvrage. En tant qu’outil permettant la mise en place, l’appropriation de l’organisation de la vie quotidienne, c’est potentiellement un poids ! Pour dire plus simplement : en tant qu’activité, ce peut être un choix, en tant qu’aménagement, c’est une contrainte. La position du responsable est donc à adapter... cf. les symboles du scoutisme

[2L’oublier, c’est prendre des dérives sectaires ! On voit d’ailleurs des cultures non-violentes où les rapports humains sont particulièrement positifs (cf. Himalaya) mais peut-on transposer ce modèle éducatif dans nos sociétés ?!

[3Voir la réaction à propos d’une photo où quelqu’un semble s’essuyer le derrière dans le drapeau français...

titre documents joints

  • EEDF_tableau-recapitulatif-scoutisme (JPEG – 322.4 ko)
    Mis à jour le 15 août 2012.

    Ce tableau récapitulatif du scoutisme qu’on peut pratiquer aux EEDF est présent au format PDF en bas de cet article.

  • EEDF_tableau-recapitulatif-scoutisme (PDF – 62.3 ko)
    Mis à jour le 15 août 2012.

    Un tableau récapitulatif de la méthode du scoutisme appliquée aux EEDF.

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