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Pédagogie du "projet", fonctionnement et stratégie d’année

mercredi 7 avril 2010

Cet article cherche à critiquer différentes approches pédagogiques aux EEDF. Pour cela, je reprends parfois des éléments d’autres articles. Ne soyez pas surpris !

Pédagogie du projet ? Initiatives ? Projets des responsables ?

Dans les années 1980, les EEDF annonçaient fièrement : "Notre pédagogie, c’est celle du projet.". Mais le mot projet, comme chaque mot, peut prendre un sens différent selon le locuteur, le contexte...

Depuis les années 70 et la remise en cause du fonctionnement traditionnel, les EEDF se perdent dans les différentes formes que peut prendre la mise en place de projets réalisés par les enfants. L’association a en effet décidé que son scoutisme serait basé sur le projet. Alors, projet individuel ("initiatives") ? Projet d’équipe ("projet d’activités") ? Projet collectif (idem) ? Il semblerait qu’on ait généralement réservé les projets individuels (initiatives) aux temps libres ou à certains temps spécifiques du programme d’activités. Mais comment mettre en place les projets d’équipe ou les projets collectifs ("entreprises") ?

Par manque d’expérience et surtout (il est important de le signaler) par manque de cadre théorique, d’outils sur ce sujet, de nombreux responsables se cassent les dents sur cette épineuse question. Convaincus que des activités sans cohésion les unes avec les autres n’ont aucun intérêt dans le cadre de l’association, beaucoup se lancent. Il semblerait qu’on puisse définir trois grands types de démarche. Malheureusement, elles sont toutes aussi peu fiables et aussi peu satisfaisantes les unes que les autres...

Le premier type, le plus répandu, est celui des pragmatiques. Ils proposent un projet aux jeunes et les rendent acteurs de sa réalisation. D’un point de vue éducatif, on peut regretter que ce ne soient pas les jeunes qui décident eux-mêmes de leur projet. C’est pourquoi d’autres veulent mettre en place des projets qui émanent vraiment des enfants ou des jeunes. Maladroitement, ils vont donc dès la première ou la deuxième "réunion" dire « qu’on n’est pas aux éclés pour faire de la consommation ! » et attendre que des projets émergent. Cette méthode est peu satisfaisante selon moi car elle présente le projet comme une contrainte. Pour l’enfant ou le jeune, « pas de projet » équivaut à « pas d’activité » non plus. Le dernier type concerne ceux qui ont apprécié les apports pédagogiques de la mise en place de projets et qui attendent donc que les jeunes choisissent et réalisent le leur : sortie à Wallibi, Disneyland Paris, patinoire, cinéma, musée, piscine… Peu importe l’activité, ce qui est primordial pour eux, c’est le fait que les jeunes soient les responsables de l’organisation. Ce raisonnement n’est tout simplement pas valable dans une association de scoutisme.

La pédagogie éclée ne consiste pas uniquement à apprendre à organiser quelque chose. Une activité de consommation reste une activité de consommation même si on s’est investi sur l’organisation des étapes antérieures ! Tout le déroulement se place sous une responsabilité extérieure. Il n’y a pas de gestion du matériel, de rangement. Il n’y a pas non plus de conception, de débat sur les règles à adopter... Bref, de nombreuses dimensions pédagogiques sont totalement absentes ! S’agit-il pour autant de bannir ce type d’activités ? Probablement pas. Mais on peut inclure dans les "règles du jeu" de choix du projet qu’il ne s’agisse justement pas d’un projet de consommation mais d’un projet mené de bout en bout. En relativisant, on peut imaginer un projet comme une sortie cinéma ou patinoire qui constituerait la première étape vers un projet mené de bout en bout. Ce pourrait être une étape si besoin mais ce qui serait dommage, à mon sens, ce serait de le considérer comme une fin !

Mettre en place un projet satisfaisant aux EEDF : un exemple d’activité "spontanée" sur la tranche d’âge 8/11 ans

Comment mettre en place un projet de scoutisme qui émane des enfants ? Le type de projets le plus simple à mettre en place et sûrement le plus pertinent à notre époque (cf. les activités) est un projet sur l’environnement. Suivons les étapes de « Repères pour un programme ».

La première partie de l’année est consacrée à la mise en place de l’Unité et des équipes. Dans cette première étape, les jeunes découvrent le milieu, les activités sans être forcément dirigées, sont orientées (les responsables ont des propositions à faire). Une fois que les enfants se sentiront bien ensemble et avec leurs responsables, une fois que le milieu sera connu, les idées de projets viendront d’elles-mêmes. Il suffira d’être attentif et de les saisir au vol ! Ces projets peuvent être simples. Imaginons qu’on ait proposé de réaliser une cabane. ça aura été l’occasion de faire découvrir le froissartage. Une fois la cabane terminée, lors d’un temps informel, les louveteaux peuvent se demander comment la personnaliser puisqu’elle est sur un terrain communal [1]. Parmi eux, un a la possibilité d’emprunter l’appareil à pyrograver de sa mère… Mais les projets peuvent être plus ambitieux. A chaque fois qu’on va jouer dans la rivière à faire des barrages, on se rend compte qu’il y a de nombreux déchets dans l’eau et au bord de l’eau, alors pourquoi ne pas nettoyer ? Et ainsi de suite...

Toute la difficulté de cette méthode est qu’elle nécessite une certaine expérience. Il faut être à la fois capable de saisir les motivations des enfants, c’est-à-dire ne pas sauter sur la moindre proposition mais ne pas non plus laisser passer celle qui est porteuse. Il faut aussi connaitre de nombreuses techniques et activité, disposer d’un bon relationnel pour animer ces moments de "non-activité". Bref, ce n’est pas évident pour les débutants ! On peut parfaitement commencer par des activités plus "dirigées" et réserver les temps d’initiatives à des temps bien identifiés, circonscrits dans le temps, qui permettront de redynamiser avec autre chose de plus construit si ça n’a pas marché ! Et on n’oubliera pas que si un projet n’est pas terminé, on peut au moins continuer à le développer sur les temps calmes et libres, voire même, adapter sa grille de camp...

Grille de camp bien remplie ou liste d’activités ?

L’idéal est de peser le pour et le contre au bon moment : parmi ce que j’ai préparé (pour ne pas me retrouver dépourvu lorsque la bise sera venue...), qu’est-ce que je fais et quand ? Faire ce qu’on a prévu dans l’ordre où on l’a prévu est rassurant mais ce n’est peut-être pas le mieux sur le plan pédagogique. A l’inverse, partir sans savoir ce qu’on va faire va rendre l’évaluation nettement plus compliquée. Les animateurs/responsables les plus expérimentés n’ont même pas de grille de camp remplie ! Ils ont "en stock" de quoi animer tout le camp mais adaptent son déroulement au terrain. Personnellement, je déconseillerais ça aux débutants et particulièrement à ceux qui ont besoin de repères... Tendre vers un objectif peut vouloir dire "se jeter dans le bain" mais c’est mieux si on s’assure qu’on peut se raccrocher à quelque chose en cas de besoin... Pour les débutants, je conseillerai plutôt de partir sur une grille de camp qui puisse être modifiable et dont les activités peuvent être réduites. Au final, il s’agit autant de programmer un camp que de se former soi-même pour pouvoir rebondir sur les envies des enfants, ce qui est un outil particulièrement efficace pour s’assurer que l’activité plaise...

Réveil individualisé et acquisition de compétences mesurée

La question qui se pose sera alors de savoir comment amener les enfants à s’intéresser à l’acquisition de ces compétences (à supposer qu’on se soit mis d’accord au préalable sur les éléments nécessaires pour chaque compétence). S’agira-t-il de moments d’activité par postes ? Des moments collectifs ? Comment donner envie aux enfants de rentrer dans ce cadre ?

Prenons un camp qui pratique le réveil individualisé, c’est-à-dire qui fonctionne sur le principe suivant : chaque enfant se couche à une heure maxi mais peut se lever le matin quand il en a envie sans réveiller les autres. Il va déjeuner tout seul et à son rythme, faire sa vaisselle, etc. Des activités sont proposées (par ex., dès 9h) et peuvent donc être intégrées en cours de route. En fin de compte, la véritable journée commence à la préparation du repas de midi. Ce genre de fonctionnement a ses adeptes et ses détracteurs. Sans rentrer dans ce débat, on peut remarquer qu’il peut parfaitement se conjuguer avec le système des brevets. De même, l’activité "spontanée" (qui requiert du talent et/ou de l’expérience) peut constituer la base de l’acquisition d’une compétence. Finalement, de mon point de vue, c’est peut-être plutôt la question de la composition des brevets qui pose problème plutôt que les brevets eux-mêmes. La question de la formalisation repose sur d’autres bases que je n’explorerai pas ici !

Régularité et investissement

Les EEDF sont régulièrement confrontés à des problèmes de régularité et d’investissement des enfants/jeunes ou encadrants. On constate qu’à l’heure de la société hypertexte, on est investi dans de nombreux associations et mouvements. Comme la préparation d’activités classiques est particulièrement chronophage, on réduit petit à petit la fréquence des rencontres pour les limiter à des temps forts. Le problème vient du fait qu’il est difficile dans ces conditions de faire vivre une méthode qui demande de la durée. Peut-être ne prenons-nous pas la question par le bon bout ?

La régularité par la proximité et l’association à la préparation

Il y a très longtemps, lorsque l’association disposait dans les grandes villes de trop nombreuses "patrouilles" (équipages), elle créait plusieurs "troupes". C’est-à-dire qu’une unité pouvait être constituée de plusieurs "meutes" (cercles) ou "troupes". Cette situation permettait de développer le groupe dans de nouveaux quartiers et de travailler sur la proximité. Il était également plus facile à l’époque de posséder des locaux mais le fonctionnement par équipage permettait de réunir l’équipage chez un de ses membres. Même sans local, on pouvait donc se voir régulièrement. Dès lors, on fonctionnait par "réunions" où les responsables n’étaient pas forcément présents. L’investissement des adultes n’était donc pas aussi fréquent qu’on pouvait l’imaginer !

Ce fonctionnement permettait de faire des sorties très fréquentes puisqu’organisées avec les enfants/jeunes, voire même sans intervention de responsables ! Reproduire ces méthodes n’est pas possible, notamment en raison de l’éloignement géographique mais on peut d’ores et déjà noter que le simple fait que les enfants soient associés du début à la fin de l’activité (cf. Pédagogie du "projet", fonctionnement et stratégie d’année) permet de faire gagner beaucoup de temps aux responsables. Par ailleurs, si la proximité géographique n’est plus la règle dans la société, la proximité sociale existe par le biais des nouvelles technologies. Chaque groupe peut éventuellement remplacer l’organisation avec présence physique par une organisation par mails ou des visioconférences. Vivons avec notre temps ! [2]

Il me semble donc que la question de l’investissement est aussi une question d’organisation. A investissement égal des responsables, il pourrait peut-être y avoir plus d’activités ou, en tout cas, plus de contacts entre enfants/jeunes.

La motivation par le projet

J’ai pu constater chez moi et chez les autres membres de mon équipe que l’investissement est aussi une question de projet. Lorsqu’on est investi dans plusieurs structures, on fait des arbitrages. Ces arbitrages nous amène à choisir des priorités qui varieront en fonction du projet. Un bon projet donne envie de consacrer plus de temps à ceux qui en ont et amène à d’autres arbitrages pour ceux qui en ont moins. Étudions ici trois approches.

L’approche "imaginaire suivi"
Dans cette approche, on misera énormément sur l’imaginaire. Bien sûr, l’efficacité sera plus importante sur les branches lutins ou louveteaux. Au-delà de l’imaginaire utilisé pour la mise en place des outils pédagogiques du scoutisme EEDF, on pourra utiliser le même imaginaire (ou un autre) pour donner envie de venir la fois suivante. On adoptera alors la logique "feuilleton" : l’activité constitue un tout mais ouvre sur une autre activité.

C’est l’approche la plus facile à mettre en œuvre. Elle requiert de l’imagination. De mon point de vue, elle est très intéressante pour réussir ses activités mais pas forcément efficace pour fidéliser les enfants.

L’approche "activités intégrées"
Celle-ci repose sur la mise en place d’un projet de long terme. Par exemple, un camp d’été à vélo qui partirait de Dardilly (périphérie ouest de Lyon) pour rejoindre Estivareilles (est du département de la Loire). Si le projet est accepté (mieux, s’il est issu des enfants/jeunes), l’objectif final va donner un intérêt à participer. C’est une approche qui a été fréquemment utilisée par les groupes locaux de la Région de Lyon avec plus ou moins de succès. L’activité "Vroom" (caisses à savon), par ex., ne pouvait marcher que les enfants/jeunes étaient intéressés. Dans le cas contraire, ça devenait un poids insupportable. Mais si le public adhère largement au projet, la méthode sera particulièrement efficace [3].

L’approche "activité spontanée/individualisée" (activité spontanée, réveil individualisé...)
Cette approche est, par nature, plus à l’écoute des enfants et particulièrement des individualités. Dans le sens, elle doit permettre que chacun y trouve son compte. Seule, elle parait cependant insuffisante puisqu’il faut aussi probablement générer une dynamique de groupe. Toute la question sera donc de concilier les deux !

Conclusion

L’investissement et la régularité des uns et des autres ne dépend pas uniquement du contexte sociétal. La question de la motivation joue beaucoup. Le projet idéal se présenterait alors comme une combinaison de plusieurs facteurs :
- il partirait des attentes des enfants et des jeunes, respecterait les rythmes de chacun tout en générant une dynamique de groupe
- il serait stimulant parce que suffisamment ambitieux et justifierait un investissement régulier et continu qui ne serait pas pour autant un poids
- il ferait intervenir les enfants/jeunes d’amont en aval (de la conception au bilan)
- il intégrerait les nouvelles technologies dans la préparation des sorties/activités et démultiplierait leur intérêt en faisant participer les enfants/jeunes entre deux sorties/activités

Je pense que dans de telles conditions, non seulement on ferait plus de choses à investissement égal des responsables mais aussi qu’ils auraient envie de s’investir encore un peu plus. Même si c’était pour un tout petit peu plus, ce serait toujours ça de pris, non ?!

Voir Réflexions pédagogiques : Repères pour un programme louveteau.

Notes

[1On comprendra aisément qu’il s’agit de vécu !

[2Évidemment, on tiendra compte des familles qui n’ont pas d’accès facile à Internet !

[3Cette approche présente d’autres intérêts notamment pour l’investissement des familles.

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