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L’emploi des mots chez les "Eclés"

ou la question du fond et de la forme

samedi 3 avril 2010

On entend parfois aux éclés des débats (occasionnellement virulents) sur l’emploi des mots. S’opposent des individus selon une ligne qui paraitrait au premier abord :
- les ’rigides’ qui seraient formalistes et arcboutés sur le passé, la tradition...
- les ’modernes’ qui seraient plus en phase avec le moment ou simplement qui ne confondraient pas le fond et la forme

Les débats peuvent porter sur :
- animateur Vs. responsable d’animation
- responsable d’unité Vs. coordinateur d’équipe
- responsable de camp Vs. directeur
- BAFA Vs. 1er degré et 2e degré Vs. BAFD
- WE/stage ’scoutisme’ ou ’techniques de scoutisme’ ou ’techniques de camp(isme)’

En réalité, ces débats sont les héritiers de débats plus anciens et un détour par l’Histoire s’impose.

Les références militaires dans le vocabulaire du scoutisme : un héritage renié chez les Eclés

Sans revenir aux origines des Eclés et du scoutisme (voir Scoutisme et éducation populaire laïque : des dimensions politiques), l’association est marquée (comme le mouvement dans son ensemble) d’un héritage qui sans être militaire (et encore moins militariste) est celui d’un (ou de plusieurs, cf. Nicolas Benoit) militaire(s). Dès lors, les mots (souvent par traduction, d’ailleurs) sont empruntés au vocabulaire militaire. Le mot « scout » ou « éclaireur », en français, au premier chef... Alors que les pratiques n’étaient pas du tout représentatives de ce que les mots pouvaient évoquer (dès les années 1920, c’est l’éducation populaire qui devient majoritaire dans le movuement), ils perduraient sans que cela ne choque grand monde... jusqu’à la révolution culturelle des années 60. Toute référence (ou plutôt toute assimilation) au militaire devait être exclue. L’objectif était partagé par la majorité des adhérents puisque les pratiques ne correspondaient, de toute façon, plus aux mots.

La « patrouille » est alors devenue « l’équipage », traduisant une dimension collaborative que le terme original de "patrouille" ne possédait pas, étymologiquement parlant. Le « chef de patrouille » ou CP est devenu « chef d’équipe » (CE) ou plutôt, « coordinateur d’équipage ». C’est à cette époque en effet qu’a été remise en cause la hiérarchie traditionnelle au bénéfice d’une vision autogestionnaire. Ces changements accompagnaient le redécoupage des tranches d’âge qui entrainait la réduction de la différence d’âge par branche, notamment chez les éclés (de 12-17 ans à 11-15 ans). Au pouvoir du haut vers le bas exercé par paliers (les « vieux » d’une tranche d’âge devenaient des chefs en passant CP ou chef de clan) se substituait alors le pouvoir du bas vers le haut. En apparence, ce système présentait une certaine continuité (voire un aboutissement) du précédent : on poussait la logique de confiance aux jeunes à son apogée tout en supprimant un pouvoir « artificiel » (basé sur le rapport dominant/dominé).

La difficulté et l’incohérence de ce raisonnement poussé à son paroxysme sont apparus à propos du rôle pédagogique. Le principe même de la pédagogie est l’exercice d’une vision, d’un projet. Par ailleurs, la réglementation impose des contraintes, etc. Dès lors, il ne peut pas y avoir d’auto-éducation totale, ni memê d’autogestion complète. Une autorité est nécessaire et légitime sur ces plans-là (projet éducatif, objectifs pédagogiques et gestion de la sécurité morale, physique et affective). Mais finalement c’est plutôt la question de la liberté qui était évoquée de manière plus générale. La liberté ne peut s’exprimer que dans le cadre de contraintes qui sont destinées à la préserver. C’est le paradoxe fondamental qui explique que le rapport éducatif ait pris ensuite une troisième voie, celle du compromis : une co-construction (l’autorité s’exerce de manière intelligente : sincèrement à l’écoute et offrant le maximum de place, notamment par le biais de la démocratie et de l’évaluation, aux retours). C’est elle qui explique ensuite les choix des termes et le fait que la démocratie soit une valeure des EEDF.

Les E.E.D.F. et Jeunesse & Sports : l’association ne fonctionne pas en vase-clos

Des débats existaient auparavant entre l’emploi chez les Eclés de "Responsable de Camp" à la place de "directeur" et de « Responsable d’Animation" (ou simplement « Responsable ») à la place "d’animateur".

"Directeur" ou "Responsable de Camp" ?
Les termes de « directeur » et de « responsable de camp » n’évoquent pas les mêmes choses. Le premier évoque quelqu’un qui pilote, qui dirige. Le deuxième évoque quelqu’un qui assume une charge. En se limitant au terme, en restant à un exercice théorique, on en arriverait à la conclusion que le terme « directeur » est contradictoire avec l’orientation pédagogique des Eclés (la "co-gestion" qu’on vient d’évoquer qui se traduit par le positionnement de la démocratie au plan des valeurs de l’association). Cependant, c’est celui utilisé par Jeunesse et Sports (pour les "Accueils de Vacances" et "Accueils de Loisirs" [1]). C’est évidemment ce qui explique son choix par la fédération du Scoutisme Français et donc son emploi également au sein de l’association. Mais ceux qui défendaient le terme « responsable de camp » n’évoquaient généralement pas la différence de rapport avec le reste de l’équipe éducative ou administrative mais la différence de formation et de responsabilité. En fait, cela tient plutôt (si on veut chercher des raisons objectives) à la relation entre organisateur du séjour et directeur ou organisateur du camp / responsable du camp. Dans la pratique, un « responsable de camp » éclé a souvent plus de responsabilités et de marges de manœuvre dans l’organisation de son séjour qu’un directeur d’Accueil Vacances ou Loisirs. Par ailleurs, les formations ne sont pas exactement les mêmes et c’est cela qui constituait la base de la revendication du terme « responsable de camp » : lever toute ambiguïté. Le débat a donc aujourd’hui disparu

Animateur ?
La même question se pose quasiment dans les mêmes termes pour le mot « animateur ». Les formations 1er degré sont habilitées BAFA depuis de nombreuses années et la plupart des responsables de l’association parlaient de BAFA et non de 1er degré (le cursus au sein de l’association étant presque identique à celui de Jeunesse et Sports) déjà dans les années 1990. Cependant, le terme de « responsable » (pour « responsable d’animation ») était la règle.

Le terme « animateur » peut en fait paraître impropre puisqu’il n’évoque qu’une partie du rôle de la personne chargée de l’encadrement des enfants aux EEDF. En plus d’animer, un « animateur » doit aussi gérer la vie quotidienne et assurer la sécurité physique, morale et affective des enfants. Là aussi, aux éclés, on demande encore plus au RA puisqu’il doit gérer une vie quotidienne qui occupe une place centrale dans la pédagogie (c’est encore plus dans la vie quotidienne, son organisation et son adaptation que dans les activités en elles-même que se transmettent certaines notions et valeurs). Dans ce contexte, le mot « responsable » semblait plus approprié que le mot « animateur », d’autant que le 1er degré est finalement plus complet (au moins en théorie) que le BAFA cf. site officiel des EEDF). Le 1er degré EEDF s’appelle officiellement "certificat d’aptitude Animateur Scoutisme Français". Il est constitué de la formation BAFA à laquelle s’ajoute la formation continue. Désormais le terme a donc changé. Les CVL étant devenu des "Accueil de Vacances" et les CLSH des "Accueils de Loisirs", les associations scoutes reconnues font de "l’Accueil de Scoutisme". Le terme animateur est devenu la dénomination officielle pour les associations participant à la fédération du Scoutisme Français. En revanche, la formation spécifique existe.

Un débat plus compliqué que prévu...
Si on revient à notre opposition originale entre « archaïques » et « modernes », on se rend compte que le débat est largement plus complexe. On aurait plutôt :
- les différenciateurs/fiers, ceux qui opposent leur association au reste des "Accueils" (les Eclés, c’est pas pareil que l’animation classique, c’est mieux)
+
- les partisans du parler-juste (« appelons un chat, un chat »)

Vs.

- « c’est le fond qui compte »
+
- « je veux pas me prendre la tête, c’est que des mots ! »
+
- « je ne savais pas »

Je suis un partisan du « parler-juste ». Je n’en fais pas une maladie parce que je remarque qu’on passe parfois plus de temps à essayer de convaincre de l’intérêt du terme alors qu’il faut en fait d’abord évoquer le fond... Mais je pense qu’utiliser les bons termes est un bon moyen de lancer la discussion sur ce qu’ils évoquent (donc d’aborder la question de fond). Le terme exact est alors un outil et non une fin. Prenons un exemple pour développer l’intérêt d’utiliser les bons mots.

Le groupe local EEDF est différent d’une association

Par le passé, dans mon groupe, on entendait parler de « réunion de groupe » ou « d’équipe de groupe » pour parler de « conseil de groupe ». Dans l’absolu, les termes n’ont pas grande importance... sauf que les éclés sont une association nationale et les mots ont une définition pour faciliter la compréhension et les échanges. Là aussi, détour par l’Histoire !

Lorsque la mentalité autogestionnaire a émergé, elle s’est traduite par l’idée qu’il fallait investir les jeunes à partir d’un certain âge (et non de leur statut) dans les organes de délibération type « assemblée générale ». Dans la pratique, cela signifie que les jeunes de plus de 16 ans sont membres de droit (ou étaient si ça a changé entre temps...) des « Conseils de groupe » (sorte d’assemblée générale locale) et des « Congrès » (sorte d’Assemblée Générale à l’échelle de la Région éclée). Leur participation aux débats et leur présence n’a jamais vraiment posé problème mais le fait qu’ils prennent part aux votes en tant qu’aînés a par la suite été critiqué par certains. En effet, l’observation semblait montrer que la plupart votaient par analogie (notamment avec le Responsable d’Unité du clan) et, surtout, qu’ils se retrouvaient en quelque sorte « juge et parti » (paradoxe évoqué précédemment). De plus, il y avait une critique de l’âge : 16 ans ne correspondait à rien dans l’association. Ce n’était pas une limite de tranche d’âge (ni l’âge mini ou maxi de la branche aînée, ni l’âge mini d’animateur). Le débat n’a jamais été tranché (à ma connaissance). Dès lors, on a des Conseils de groupe qui s’adressent théoriquement à tous les membres du groupe de plus de 16 ans [2].

L’Équipe de groupe, au sein des éclés, est une forme de Conseil d’Administration et de Bureau à la fois. Elle rassemble les responsabilités administratives et les représentants des équipes pédagogiques (les Responsables d’Unité). La confusion est alors dans le fait que la pratique à l’échelle d’un groupe local (qui ressemble à une association) est différente des pratiques habituelles s’des associations. Les associations locales démocratiques privilégient :
- une Assemblée Générale rassemblant tous les membres actifs de l’association
- un Conseil d’Administration qui est l’organe de décision courant
- et un Bureau qui est généralement responsable des questions financières et peut prendre, par délégation, des décisions dans les cas qui le nécessitent (s’il est impossible de réunir le CA par exemple)

La pratique du groupe local est éloignée de ce schéma et est donc source de difficultés pour les débutants. Les groupes peuvent être amenés à choisir un fonctionnement avec une espèce de Bureau mais s’ils n’incluent pas les représentants des équipes pédagogiques, ils risquent de passer à côté de l’activité même de l’association : l’éducation !

Dans ce cas, c’est donc une question de fonctionnement différent de celui habituellement observé dans les associations qui crée une appropriation plus difficile des termes qui entraine, elle, une incompréhension possible au sein de l’association entre ceux qui emprunteraient les « bons » termes (définitions officielles) et ceux qui les adapteraient à leur convenance (locale).

Restent la question de la coordination d’équipe et celle des techniques comme le froissartage.

Le titre de "Responsable d’Unité" : un débat de fond touchant à l’organisation et la répartition des responsabilités

Le « Responsable d’Unité » a été au centre d’un débat récurrent au sein de la Région de Lyon.

A l’origine, le « Responsable d’Unité » dispose d’un 2e degré, c’est-à-dire un certificat de directeur du Scoutisme Français (voir site officiel EEDF). C’est en fait, en partie, l’héritier d’une pratique qui a fortement évolué (par manque d’effectifs et par choix idéologiques). Aux origines de l’association, l’échelle de base était la patrouille (équipage aujourd’hui) ou l’Unité (le terme coexistant aujourd’hui avec « branche »). Lorsque les patrouilles étaient trop nombreuses, on créait des troupes, sorte d’échelon intermédiaire entre la patrouille et l’Unité. Cette organisation présentait entre autre l’avantage de pouvoir démultiplier les implantations locales pour un même groupe et donc accueillir encore plus d’enfants grâce à la proximité !

Les Unités partaient souvent en camp autonome. Dès lors, il fallait une formation spécifique embrassant l’ensemble des responsabilités d’un responsable de camp. Encore aujourd’hui, on peut commencer la formation 2e degré à partir de 19 ans alors que le BAFD est réservé aux personnes de plus de 21 ans. La condition pour partir avec le 2e degré entre 19 et 21 ans était que le camp fasse moins de 60 enfants, ce qui servait en fait à permettre aux Unités souhaitant partir en camp autonome de pouvoir le faire, les contraintes étant moins importantes que dans un camp regroupant plusieurs Unités et a fortiori s’il rassemblait plus de 60 enfants. Je ne sais pas si cette disposition a perduré. Le Responsable d’Unité était donc par le passé une sorte d’hybride entre le directeur (dont il possédait la formation) et un animateur (il assurait sur le terrain, au quotidien, la coordination de l’équipe, là où le directeur est plus en retrait).

Avec l’évolution des pratiques (qui s’est produite en même temps que la chute des effectifs), les attentes ont changé. Le fonctionnement de base (l’équipe) a été parfois remis en cause au profit du duo individu/collectif. Les tranches d’âge ont été complètement remises en question dans certains groupes parce que considérées comme trop rigides alors qu’un fonctionnement « toutes tranches d’âge confondues » permettrait une entraide et "naturellement" une aide des plus âgés vers les plus jeunes et donc un enrichissement mutuel. Certains groupes se sont alors structurés en fonction de l’activité et non plus de la tranche d’âge. Dans la Région de Lyon, le groupe de Belley les aura ainsi quasiment fait disparaître. Sans aller jusque là, depuis les années 1970, les groupes partent désormais majoritairement ensemble (sauf les Aînés qui ont souvent des projets d’équipe) en raison notamment de l’importante diminution des effectifs. Parallèlement, l’encadrement est de plus en plus difficile à trouver et donc regrouper sur un même lieu les Unités permet d’éviter les blocages faute de 2e ou 3e degré. Dès lors, la responsabilité d’une équipe pédagogique évolue vers un rôle limité à la coordination de l’équipe. Pour faire un parallèle, le Coordinateur d’Équipe (ça fait aussi CE !) ressemble plus à un Responsable s qu’à un Responsable d’Unité Aînés... alors qu’auparavant, c’était l’inverse !

Cette situation n’était pas propre à la Région de Lyon. A la fin des années 1990, les équipes au niveau national ont souhaité redonner une direction. Les pratiques étant tellement différentes d’une Région à l’autre (voire d’un groupe à l’autre) que le choix a été fait de partir de l’existant : confronter les pratiques en faisant se rencontrer les acteurs afin de dégager des objectifs et méthodes communs pouvant composer la base d’orientations pédagogiques destinées à tous et pouvant éclairer autant les nouveaux arrivants que les anciens (ouf !). Le chantier était particulièrement vaste ! Un des points les plus spécifiques était la responsabilité du RU et ce qui se cachait derrière ce terme puisqu’on trouvait toute la palette entre le Coordinateur d’Équipe et le Responsable d’Unité formé au 2e degré (selon définition officielle présentée précédemment). Plutôt que de redéfinir le rôle puis de proposer les formations et discussions permettant de faire correspondre théorie et pratique, le choix a été fait de redéfinir la théorie à partir de la pratique. Intellectuellement, c’était la solution la plus satisfaisante. Dans le même temps, de jeunes futurs directeurs avaient fait leur 2e degré et ils avaient découvert le rôle théorique du Responsable d’Unité. La contradiction se tint donc entre ceux qui avaient leur 2e degré (ou souhaitaient le passer) qui défendaient la définition officielle et ceux qui se basaient sur leur pratique (et les pratiques extrêmement majoritaires) qui soutenaient que le rôle tel que défini par les autres, même s’il était officiel, n’était pas indispensable. La méthode choisie par les équipes nationales semblait leur donner raison puisqu’il n’était proposé généralement aucune définition extérieure du RU (elle était construite conjointement à partir des pratiques). En réalité, la question se posait différemment.

On a vu que par manque d’effectifs (enfants et encadrants) et de formations 2e/3e degré, autant que par choix idéologique, les groupes avaient pris l’habitude de partir en camp sur un même lieu (sauf aînés). Dès lors, la pratique avait évolué. D’un gestionnaire administratif et coordinateur (la pédagogie de tranche d’âge étant sous la responsabilité du Responsable d’Unité), le directeur était devenu le chef d’orchestre de l’ensemble du camp (si besoin, il était secondé). On ignorera volontairement les cas où il n’y avait pas de niveau gérant le projet pédagogique ! Un équilibre avait donc été trouvé et le RU n’était pas indispensable (un CE suffisait). Cependant, dans les années 1980 et surtout 1990 à Lyon, les encadrants venaient à manquer de plus en plus et les responsables passaient de plus en plus tôt leur 2e degré pour pouvoir tout bonnement organiser le camp d’été ! Dans ce contexte, les directeurs étaient jeunes et ils pouvaient avoir besoin de "véritables" RU pour simplifier leur tâche. Le débat ne reposait donc pas sur les bons termes puisqu’il ne s’agissait plus de savoir si le RU était indispensable mais de savoir s’il était utile !

Ce qui vint à compliquer les choses, ce fut la question du pouvoir. Dès lors qu’on parlait de "véritable" RU, on faisait référence à des pouvoirs différents. Il fallait alors que celui qui était amené à les exercer soit reconnu et accepté dans ce rôle. Or, c’était difficile pour trois raisons :
- il n’y avait pas spécialement d’écart d’âge entre RU et animateurs (donc pas d’autorité « naturelle »)...
- et, surtout, pas de formation 2e degré, juste, au mieux, des WE de formation spécifiques.
- Si on ajoute que certains animateurs ne voyaient pas l’utilité du RU puisqu’ils avaient connu des expériences efficaces sans (avec juste un CE), on avait tous les ingrédients réunis pour des conflits potentiels...

La question n’a cependant pas été vraiment tranchée à l’époque "et à de rares exceptions près, le véritable" RU a disparu à Lyon presque aussi vite qu’il était revenu ! Le CE a conservé le titre de RU, maintenant par là l’ambiguïté entre sa responsabilité et ce que son titre pouvait évoquer. Depuis, les choses ont changé. Toujours en rapport avec la fédération du Scoutisme Français, le RU possède désormais une formation spécifique mais il ne s’agit plus du 2e degré. Cette formation lui permet de faire partir l’Unité en autonomie pendant l’année (mais pas pendant le camp). Le contenu de la formation de "Responsable d’Unité du Scoutisme Français" est un mix entre le deuxième degré et ce qui émergeait au début des années 2000. on peut néanmoins retenir que RU est un titre possédant une formation officielle et que s’introniser RU sans formation serait comme s’introniser animateur ou directeur.

Si on revient, au terme « Responsable d’Unité », on observe que le mot « Unité » a été conservé alors qu’il s’agit d’un terme qui vient probablement de l’héritage « militaire ». On entre alors dans les hypothèses en avançant l’idée que, peut-être, le terme « unité » semblait posséder une image positive au regard de l’approche individu/collectif évoquée précédemment. C’est peut-être ce qui explique qu’on ait continué à l’employer. On notera cependant qu’il coexiste avec le mot « branche ».

"Scoutisme", "campisme", "techniques"...

On peut finir ce tour d’horizon par la question des weekends et stages qui ont fait leur apparition sous la dénomination « scoutisme », « techniques de scoutisme », « techniques de camp », voire « techniques de campisme ».

En fait, le problème était un problème de fond. On l’a évoqué indirectement tout au long de ce texte. Toute une partie de l’association après Mai 68 ne s’est plus sentie scoute et, surtout, a rejeté une grosse partie des fondements même du scoutisme. Pour la facilité, on pourrait dire qu’on a jeté bébé avec l’eau du bain. Dans les années 1980, l’association n’avait plus pour seul but commun que ses valeurs. Avec la concurrence d’autres associations partageant les mêmes (CEMEA, Francas, UFOVAL...), difficile de recruter...

Le remue-méninge depuis la fin des années 1980 a en fin de compte été l’occasion de remettre au goût du jour le scoutisme... mais en avançant masqué ! Parallèlement à l’effort de rencontre et de mise en commun des pratiques, des outils pédagogiques étaient mis en avant. Ils se basaient précisément sur la méthode scoute mais l’adaptaient en fonction des pratiques observées et se gardaient de toute référence explicite. A l’époque, aux Eclés, j’ai l’impression qu’on se sentait dans une association à part. Une association « anciennement scoute » mais qui aurait ensuite développé une offre différente, unique. Dans la pratique, par reproduction, un certain nombre de méthodes employées (attention, on ne parle pas uniquement de techniques !) restaient scoutes mais elles perdaient au fur et à mesure de leur sens. A juste titre, des voix s’élevaient parfois pour demander l’intérêt de telle ou telle pratique. Le débat ressemblait donc, une nouvelle fois, à un débat entre « archaïques » et « modernes » ou simplement entre certains qui ne se remettaient pas en question et d’autres qui le faisaient. C’est dans ce contexte que le scoutisme est, selon moi, réapparu aux Eclés.

Réaffirmation du scoutisme aux E.E.D.F.
C’est lors d’un weekend tremplin régional que j’ai fait connaissance avec la méthode scoute. A l’époque, les weekends « Tremplin » s’adressaient exclusivement aux « RU » et leur objectif était celui évoqué plus haut : mettre en commun les pratiques pour définir ce qu’était à l’échelle du périmètre du weekend, le « RU ». Au fur et à mesure, les références à la méthode scoute se sont faites de plus en plus précises. L’outil « Repères pour un programme » destiné aux RU et RA permettant d’aider à la programmation des activités d’une année expliquait clairement à quel élément de la méthode il se référait. Le scoutisme commençait à tomber le masque ! On assistait encore néanmoins à des débats a priori surréalistes tel celui d’un week-end régional où un animateur critiquait l’idée de « vouloir amener les enfants vers un objectif », c’est-à-dire remettant en cause le principe même du projet pédagogique en l’assimilant à une forme d’embrigadement ! Malgré tout, la majorité comprenait en fait qu’il ne fallait pas avoir une lecture simpliste de la méthode scoute. Par exemple, ce qui est appelé « Loi et promesse » n’a finalement jamais disparu. Ça s’appelle simplement « Règle d’Or et engagement ». Le principe n’induit pas les modalités. L’intitulé ne fait pas le contenu.

En fait, le débat s’est souvent placé comme on l’évoquait précédemment sur la forme plus que sur le fond, assimilant l’un et l’autre. La remise en cause nécessaire des traditions archaïques comme le bizutage, la tenue imposée ou autre empêchait d’imaginer des moyens intelligents de témoigner à des nouveaux arrivants le fait qu’on les reconnaissait pleinement comme membres du groupe ou de l’équipe ou de laisser le libre choix à ceux qui le souhaitaient d’exprimer librement leur attachement au mouvement que ce soit avec un foulard, un tee-shirt, une chemise ou un bustier (pourquoi pas un maillot de bain ou une salopette ?!) aux couleurs de l’association, du groupe, de l’équipe ou autre.

L’inquiétude à l’époque reposait sur le mélange « fond » et « forme ». La question était d’autant plus complexe qu’on pouvait mélanger les deux, amenant pour ceux qui se méfiaient de la vision négative du scoutisme, à rejeter les deux. Je dois l’avouer, j’ai confondu les deux. Dans ma recherche d’idée pour développer mon groupe, je me suis lancé dans deux directions : comprendre mon association (son histoire, ses évolutions pédagogiques, ses difficultés...) et apprendre en observant ce qui se passait ailleurs ce que pouvait être le scoutisme. La mise en relation des deux permettait de se rendre compte d’un certain nombre de choses qui me semblaient intéressantes autant dans les outils que dans les méthodes. Mais je me suis parfois concentré sur la forme, pensant que l’aspect formel pouvait constituer un élément d’une identité qui permettrait au groupe de se développer.

Problèmes de formation
La crise que presque tous les groupes de la région lyonnaise ont connu dans les années 1980 ou 1990 a affecté durablement l’association. La plupart des groupes nés avant les années 1970 qui ont perduré jusqu’à aujourd’hui ont connu un phénomène similaire dans les années 1980 ou 1990 : une chute brutale des effectifs et le départ des équipes d’encadrement. On recrutait alors de nouveaux responsables soit chez les aînés (en leur faisant passer le 1er degré dès 17 ans, au lieu d’attendre les 19 ans de « fin » de la branche aînée à l’époque), soit à l’extérieur. Dans les deux cas, ils devaient découvrir l’animation, la pédagogie et assurer les tâches qui incombaient généralement aux équipes de « parents » : administratif, communication/développement.... s’ils étaient nouveaux dans l’association, ils devaient tout découvrir en même temps. Épuisés au bout de quelques années (pas énormément finalement puisque ça tournait autour de 2 ans...), ils partaient sans avoir nécessairement pu transmettre le flambeau à d’autres. Et ainsi de suite.

Plus encore que les savoirs ou savoir-être, ce qui a marqué les individus à cette époque, c’était la disparition des savoir-faire. Dès lors, on en est venu à proposer des temps de formation dédiés aux techniques, en particulier au froissartage. Et c’est là qu’on a pu voir la confusion profonde. Spontanément, ces week-ends ont été fréquemment appelés « WE scoutisme ». La question est donc : hors de ces week-ends ne faisait-on pas de scoutisme ? Le scoutisme n’existe pas sans ces techniques ? Ou, pire, le scoutisme se résumait-il à ces techniques ? En fait, là aussi, la question des termes illustrait plus un problème qu’elle n’en était un elle-même. Le scoutisme était assimilé à la pleine Nature comme s’il suffisait d’aller en pleine Nature pour faire du scoutisme ou comme si on ne pouvait pas en faire autrement. Le problème était important puisque, dans ce cas, on pouvait remettre en cause toutes les pratiques locales urbaines : les activités du samedi ou du dimanche n’auraient pas été scoutes [3] et dans le même temps, on pouvait se poser des questions sérieuses sur l’avenir de l’association : de nombreux séjours proposaient désormais des camps fixes (sous la tente, feu de camp, installations en bois éventuellement, etc.) ou itinérants ressemblant (dans la forme !) à ce que pouvaient proposer les Eclés.

C’était donc bien une question de techniques de camp (ou campisme) et non de scoutisme. La confusion était révélatrice et, si elle perdurait, probablement préjudiciable. Si des formations dédiées aux techniques de camp étaient parfaitement adaptées, il aurait été tout aussi nécessaires de faire des formations sur ce qu’était le scoutisme. D’ailleurs l’association était certainement assez mûre pour assurer sa scoutitude (!) et, à l’interne, l’afficher. Elle pouvait désormais, à la manière de ce qui avait été fait dans « Repères pour un programme », afficher les références à la méthode.

Des propositions pour les outils

Ces principes auraient pu s’appliquer plus généralement à tous les outils :

- dans les outils pédagogiques à destination des responsables, afficher la méthode scoute et montrer (sans même changer les outils eux-mêmes ni les propositions !) les références. Ex. montrer dans « L’Aventure Louveteaux » que « Traces d’Etoiles » est un outil de la « Progression personnelle », un des éléments de la méthode scoute

- chaque fois qu’une fiche technique est réalisée, lui attribuer un des 7 domaines d’activités du scoutisme (Expression-création, ouverture et solidarité, Education à la santé, Nature-environnement, sciences et techniques...)

L’enjeu était donc d’assumer sa spécificité scoute au sein d’un mouvement laïc militant. En bref, d’exister en tant qu’association proposant un projet que nulle autre association ne proposait. Une telle approche nécessitait aussi de revenir sur certaines pratiques et se poser la question du rapport de l’association à la Société. En effet, bien qu’il me semble que la Société soit aujourd’hui dans un effet de balancier vis-à-vis de Mai 68 (au lieu de faire le « tri » que j’évoquais plus haut, j’ai plutôt tendance à trouver qu’on assiste à un retour en arrière...), certains éléments sont profondément ancrés dans la société. Il en va ainsi de l’image du scoutisme. Le grand public a une image a priori assez négative du scoutisme : archaïque et religieux (l’image militariste a diminué, semble-t-il...). Les reportages que font les grands journaux (grands en termes d’audience...) télévisés chaque année confirme cette image. Au mieux, le scoutisme parait du domaine du folklore : un petit truc à l’ancienne qui réveille la nostalgie. Cependant le scoutisme (surtout les éclés !) peut être à la pointe du moderne s’il vit avec son temps. c’est ce qu’ont toujours fait les éclés et il est temps de le mettre en avant ! Mais ça mérite un article à part entière !! Voir Pistes pour un positionnement des groupes locaux dans la société actuelle.

Notes

[1Anciennement CVL et CLSH

[2Pendant un temps, la représentation des enfants par le biais de leurs parents ou tuteurs a été évoquée. Je ne sais pas si cette question a été tranchée.

[3Elles ne l’étaient pas forcément d’ailleurs mais pour d’autres raisons !

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