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Historique EEDF 2 : De la rupture à Mai 68

dimanche 31 juillet 2011

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Dans les années 1940, tant chez les Éclaireurs Français que chez les EDF, on souhaite développer la coéducation. On ne parlera pas encore de mixité parce qu’il ne s’agira parfois simplement que de faire cohabiter des équipes de garçons et de filles. Des contacts sont pris entre les EDF et la section neutre de la Fédération Française des Éclaireuses.

Les contacts EDF / FFE section neutre ne vont pas aboutir. Les EDF vont alors décider de développer des unités coéduquées en interne. Certains groupes d’EF feront de même. Ainsi, lorsque la décision de fusionner sera prise en 1964, il s’agira d’un changement moins brutal que ce qu’on pourrait envisager.

Le scoutisme fédéral : "âge d’or" (1940 - 1964)

Les 40 premières années du scoutisme en France constituent pour certains un idéal. Différentes associations se sont créés mais les passerelles étaient faciles. Les différences sur le plan pédagogique n’étaient pas fondamentales. Les EDF faisaient depuis les années 1920 des formations communes avec les EUdF (protestants) et les EIF (israélites). En 1940, les autorités demandent aux associations de se rassembler. Il existait jusque là des structures de dialogue, notamment parce que la volonté des associations internationales était de ne fédérer qu’une association ou fédération par pays et par sexe. On passe ainsi à l’échelon supérieur en créant la fédération du Scoutisme Français. Les grandes associations y adhèrent (Éclaireurs de France, Scouts de France, Fédération Française des Éclaireuses, Guides de France, Éclaireurs Unionistes de France, Éclaireurs Israélites de France). Des passerelles sont créées et on harmonise par exemple les insignes de progression. Malgré l’affirmation progressive de l’éducation nouvelle militante aux EDF, les passerelles sont donc encore possibles !

La volonté des instances internationales du scoutisme de ne reconnaître qu’une association ou fédération par pays va cependant être lourde de conséquences. En effet, dans la France de l’après-guerre, le scoutisme commence à connaître des tensions. On a évoqué précédemment le positionnement des EDF ayant alimenté les ENF et la coéducation. Cette dernière ne concernera officiellement pendant longtemps que les associations neutres. C’est donc par les EDF ou les Éclaireurs Français que le refus de la coéducation va alimenter les ENF.

Le positionnement des ENF est en effet assez simple. Ils s’affirment comme les garants des intentions du fondateur du scoutisme et de ceux qui ont mis en place le scoutisme neutre en France. Le rejet de toute prise de position politique est donc affirmé (un membre ne peut pas être adhérent à un parti politique !) mais c’est aussi le choix des méthodes traditionnelles. La méthode originale est considérée comme bonne et les évolutions ne devront être que marginales, même au niveau de l’uniforme (qui est la partie la plus visible du décalage entre la proposition et les tendances vestimentaires des époques).

Parallèlement, les Scouts de France connaissent des difficultés similaires. La coéducation ne pose pas encore problème (elle ne sera expérimentée qu’à partir de 1982 !) mais ce sont plutôt les évolutions religieuses et pédagogiques qui vont créer des tensions. Constatant que de nombreux jeunes ne s’accommodaient pas du système classique des patrouilles, on essaye de plus coller aux tranches d’âge. Les patrouilles originales (on dirait aujourd’hui "équipages") rassemblaient des jeunes de 12 à 17 ans. Or, à partir de 14 ans, certains s’ennuyaient avec les plus jeunes. L’intention d’un tel fonctionnement tenait probablement à plusieurs raisons :
- quand le scoutisme a été créé par Baden Powell, il n’y avait pas de tranche d’âge. La proposition s’adressait aux jeunes de 12 à 17 ans. C’est plus tard que sont apparus les louveteaux (8 - 12 ans) et les Routiers (17 - 21 ans).
- les écarts d’âges permettaient à la fois une éducation des plus jeunes par les plus vieux et un transfert des responsabilités important envers les Chefs de Patrouille (CP) et les Seconds de Patrouille (SP).
On constate cependant que cette vision est souvent plutôt théorique. De nombreux jeunes se lassent et quittent les associations arrivés vers 14/15 ans. Le choix est alors fait chez les Scouts de France de créer deux tranches d’âge et de remettre en cause assez brutalement un certain nombre d’éléments de la méthode (notamment l’abandon du foulard qui ne réapparaitra officiellement qu’en 1982).

L’opposition prend deux formes :
- une opposition externe en rejoignant une association qui se crée : les Scouts d’Europe.
- une opposition interne qui se battra pendant quelques années et quittera les SDF en 1971 pour fonder les Scouts Unitaires de France (SUF), le terme "unitaires" identifiant le choix de conserver les tranches d’âge originales.

Les Scouts Unitaires de France s’affichent comme les garants des intentions du fondateur du scoutisme et de ceux qui ont mis en place le scoutisme catholique en France. ça ne vous rappelle rien ?! En fait, le monde du scoutisme se fracture selon deux lignes :
- les associations héritières des associations historiques qui estiment faire évoluer le scoutisme avec son temps, quitte à abandonner des symboles
- les associations qui s’y refusent et souhaitent une pratique dans la droite ligne, voire figée
On remarquera que les autres cassures se superposent. Il n’y a pas d’association traditionaliste sur le plan pédagogique qui soit vraiment ouverte sur le plan religieux ou humaniste... La fracture est donc finalement proche d’une vision politique au sens large (philosophique), même si tous les traditionnalistes sur le plan pédagogique ne sont pas des extrémistes !

La victoire de la coéducation

Après la dissolution de la Fédération Française des Éclaireuses en 1964 (pour donner naissance aux EEDF), 1969/1970 voient la naissance de la coéducation chez les EIF (qui deviennent EEIF) et les EUF (aujourd’hui EEUdF mais d’abord Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France). C’est la victoire de la coéducation. Les autres mouvements sont aussi traversés par la crise scoutisme moderne Vs. scoutisme unitaire mais la FEEUF parviendra à faire cohabiter tout le monde en adoptant le système fédéral.

Comme on l’a évoqué, les SDF adoptent eux aussi la coéducation en 1982. Ils suivront le même schéma que les EDF et la FFE section neutre puisque de 1982 à 2004 cohabiteront les SDF coéduqués ou pas et les GDF. En 2004, cependant, on créera les SCGDF qui feront cohabiter tout le monde : des unités coéduquées ou homogènes garçons ou filles ! Cependant, on peut imaginer que tôt ou tard, la coéducation deviendra la norme. A l’inverse, les mouvements unitaires refusent tout coéducation sur la tranche d’âge 12-17 ans. Certains l’empêchent même avant et après...

On peut d’ailleurs remarquer que les groupes classiques, voire traditionalistes des EEDF qui n’avaient pas quitté l’association dans les années 1950 ou 1960 ont attendu la fin des années 1980 pour franchir le pas. En effet, les années 1970 ont constitué un grand chamboulement qui mérite un article à part. Mais même en quittant les EEDF qui ont adopté exclusivement la mixité depuis 1964, le nouveau mouvement (la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs créée en 1988) va rejeter la coéducation. Si la coéducation a donc gagné, ce n’est que chez les mouvements "modernes"...

Conclusion

Jusqu’à Mai 68, les EEDF et leurs ancêtres s’affirment comme des mouvements souvent considérés à part. C’est d’abord leur neutralité/laïcité qui leur est reprochée par ceux qui considèrent que le scoutisme doit être confessionnel. On peut cependant faire remarquer que Baden Powell lui-même a soutenu la création des associations, même neutres en pensant qu’il fallait s’adapter aux spécificités des pays. Et la laïcité est une spécificité française ! En fait, les deux principales associations françaises avaient choisi d’adapter le scoutisme de Baden-Powell dans deux directions opposées qui allaient, par agrégation successive, entraîner une cristallisation des tendances. C’est la deuxième guerre mondiale qui aura permis la création de la Fédération du Scoutisme Français et c’est la volonté de ne pas revivre de conflit majeur qui va finalement permettre de conserver un minimum de relations entre mouvements, malgré les évolutions différentes des uns et des autres.

Chez les EDF/EEDF, après la critique extérieure de l’absence de religion et le développement des scouts catholiques, l’intégration dans le mouvement de militants de l’éducation nouvelle a entraîné l’affirmation d’une autre forme de spiritualité. Le mouvement laïque allait alors participer à la création du réseau d’éducation populaire et, par là-même, participer à deux réseaux dont un qui n’aura de cesse d’essayer de développer la pédagogie. C’est dans ce contexte de recherche d’innovation et de remise en question permanente que sera vécu Mai 68...

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